La campagne de lutte contre les importations de poulets congelés constitue une des plus grandes menées par l’association citoyenne de défense des intérêts collectifs. C’est avec elle qu’elle ouvre ses portes en 2004. C’est aussi avec elle que l’association marque ses empruntes dans la société civile camerounaise, avec l’obtention d’un arrêté ministériel, interdisant sur l’étendue du territoire camerounais des importations de poulets congelés qui arrivaient au Cameroun dans des conditions sanitaires douteuses et torpillaient les efforts des aviculteurs locaux.

L’écho de cette réussite résonne encore aujourd’hui, car derrière elle, ce sont des dizaines de milliers de familles qui ont recouvrés des revenus de l’aviculture et la consommation nationale de poulet local a tiré vers le haut la production.

La campagne de lutte contre les importations de poulets congelés constitue une des plus grandes menées par l’association citoyenne de défense des intérêts collectifs. C’est avec elle qu’elle ouvre ses portes en 2004. C’est aussi avec elle que l’association marque ses empruntes dans la société civile camerounaise, avec l’obtention d’un arrêté ministériel, interdisant sur l’étendue du territoire camerounais des importations de poulets congelés qui arrivaient au Cameroun dans des conditions sanitaires douteuses et torpillaient les efforts des aviculteurs locaux.

L’écho de cette réussite résonne encore aujourd’hui, car derrière elle, ce sont des dizaines de milliers de familles qui ont recouvrés des revenus de l’aviculture et la consommation nationale de poulet local a tiré vers le haut la production.

Bref historique de la campagne de l’ACDIC contre les poulets congelés importés

Bref historique de la campagne de l’ACDIC contre les poulets congelés importés

Dans les années 89-90, la crise économique mondiale secoue les économies africaines et les paysans en sont touchés de plein fouet. Le SAILD (Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement), dans sa mission d’appui aux organisations paysannes qui constituent en n’en pas douter, le creuset du développement au Cameroun, et de promotion des exploitations familiales encourage les petits paysans à diversifier leur source de revenus. Car la plupart des paysans dans la zone forestière n’ont pour seule activité que l’agriculture avec des cultures de rente (cacao, café, etc.) qui certes rapportent de l’argent, mais ont des périodes de vente espacées. Pour leur permettre d’avoir de l’argent tout au long de l’année, le SAILD convainc bon nombre d’entre eux à se lancer dans l’aviculture.

Toutes les conditions semblent réunies pour que ce projet de développement dont les premières expériences sont lancées en 1996, soit un succès. Mais deux ans plus tard, les agriculteurs devenus aussi éleveurs, semblent se décourager, ils cessent d’acheter des poussins. En examinant le problème de près avec les paysans, les responsables du SAILD doivent se rendre à l’évidence : si les agriculteurs se découragent, ce n’est pas faute de volonté, c’est qu’ils ne peuvent pas faire face à la concurrence déloyale que leur impose le marché local avec l’importation des découpes de poulet congelé.

Les effets de l’importation massive de poulet congelé sur la vie des paysans sont destructeurs. L’analyse détaillée montrera plus tard qu’il est tout aussi dangereux pour l’économie nationale, les petits métiers urbains, et même pour la santé des populations. Pour l’heure, le SAILD ne perçoit que les conséquences en milieu paysan, et s’engage dans un plaidoyer pour arrêter ces importations de poulets facteur aggravant de la pauvreté en milieu rural. Une campagne est lancée dans ce sens à travers le journal La Voix Du Paysan. Il s’agit d’alerter l’opinion sur les dangers des importations et susciter l’indignation des populations. Mais la question n’est pas aussi simple que ça. De nombreux intérêts sont en jeux : certes la situation économique des petits paysans se détériore à vue d’œil, mais les importations de poulet congelé enrichissent quelques gros investisseurs ainsi que les bureaucrates qui leur facilitent l’obtention des autorisations nécessaires. Manifestement, cette forme d’économie qui ignore la solidarité, est loin d’être orientée sur le développement social.

Avec l’aide de nos partenaires européen et Africain, nous décidons d’associer à notre plaidoyer, une action de lobbying. Ce qui se fera avec l’ACDIC.

Objectifs de la campagne

 

Objectifs de la campagne

Face à la puissance de la mondialisation qui impose l’ouverture de nos marchés à une concurrence déloyale et nous expose à des risques sanitaires, la campagne se devait de se fixer des objectifs clairs, avec une méthodologie scientifique appropriée.

La campagne s’est fixée pour but de :

-          Mettre fin à l’importation massive de poulet congelé et son remplacement à terme par la production avicole nationale.

-          Informer et sensibiliser les consommateurs sur le phénomène et ses conséquences sur le développement du pays, en particulier sur les plus démunis

-          Rappeler aux décideurs leurs responsabilités, et les sensibiliser sur la nécessité de faire appliquer la réglementation en vigueur en matière de qualité et de quantité des produits importés, en vue de préserver la santé des populations et de protéger l’emploi des plus pauvres

-          Dialoguer avec les importateurs et les vendeurs pour les convaincre de faire de leurs entreprises commerciales des entités citoyennes, respectueuses de la qualité des produits mis sur le marché, au lieu de rechercher le profit pour le profit.

-          Proposer des alternatives crédibles à l’importation massive et incontrôlée du poulet congelé : faire en sorte que la filière avicole locale qui est source de revenus, soit capable de satisfaire les besoins du marché intérieur tant en qualité qu’en quantité.

Méthodologie de la campagne

Méthodologie de la campagne

Pour atteindre les objectifs fixés, nous avons choisi d’utiliser le plaidoyer et du lobbying : dialogue – concertation – pression. Pour cela, il a fallut construire un argumentaire scientifiquement irréprochable. Le but était de démontrer de manière irréfutable que par l’effet de son importation massive et incontrôlée, le poulet congelé constitue une catastrophe pour les paysans producteurs, une catastrophe pour l’économie nationale, une catastrophe pour la santé des populations.

La méthodologie scientifique a consisté en :

-          des analyses statistiques : taux des paysans ayant abandonné l’élevage de poulet du fait de la concurrence déloyale des produits importés (la plupart s’est davantage appauvri du fait des dettes contractées et non remboursées, pour lancer l’élevage)

-          des analyses comparées des chiffres d’importation en référence aux textes réglementaires : quantité de poulet autorisé à l’importation et quantité réellement entrée sur le territoire

-          l’étude de la chaîne de production du poulet, et estimation des pertes en devises et en emplois

-          l’analyse bactériologique au Centre Pasteur pour établir la liste des agents pathogènes contenus dans les découpes de poulets importés et vendus sur nos marchés

-          l’étude de la chaîne de commercialisation du poulet congelé au Cameroun

-          l’étude des conditions de production du poulet congelé dans les pays exportateurs

-          l’étude des accords commerciaux signés et ratifiés par le Cameroun, ou en cours de négociation : OMC, ACP/UE, CEMAC/UE, etc.

Résultats de l’étude

Résultats de l’étude

Sur le plan des quantités : L’étude a confirmé les faits d’importations massives. Entre 1994 et 2003, les importations de poulets congelés au Cameroun sont passées de 60 tonnes à 22 154 tonnes. Soit un taux de croissance annuel de 49 %. Cet accroissement allant avec la baisse de la production nationale qui elle diminue de 35 % entre 1997 et 2003. Ces importations sont aussi incontrôlées : Les quantités importées sont 2 voir 3 fois supérieures aux quantités autorisées par le Ministère de l’élevage.

Année

MINEPIA (Qté autorisée)

PORT

Réelle importée

Écart

1994 1 200 59 856 + 47 856
1995 629 000 490 748 - 136 252
1996 846 4 00 978 314 + 131 914
1997 3 398 000 3 28 271 - 11 729
1998 6 977 000 7 593 345 + 616 345
1999 6 481 000 11 946 247 + 5 465 247
2000 6 241 000 13 480 966 + 7 239 966
2001 8 990 000 9 376 664 + 386 664
2002 6 441 000 14 746 069 + 8 305 069
2003 8 500 000 22 153 578 + 13 653 578

Sur le plan de la qualité : L’analyse par le centre pasteur de Yaoundé montre que 83, 5 % des échantillons des 200 échantillons de découpes de poulets congelés importés prélevés dans six villes du Cameroun, sont impropres à la consommation humaine. 25 % sont porteurs de salmonelles et 23 % de campylobacter. Les causes de cette mauvaise qualité étant la rupture de la chaîne de froid, les conditions de distribution et de conservation des produits, et les conditions d’élevage des poulets exports.

D’après le constat d’huissier:

  • 15% des congélateurs utilisés pour la conservation des produits sont rouillés
  • 25% sont ouverts ou dégivrés
  • 20% des échantillons ont une couleur jaunâtre et dégagent une odeur désagréable.

Sur le plan de l’économie nationale : Les estimations en pertes de devises dues à l’importation des 22 154 tonnes de poulets en 2003, s’élèvent à 10,5 milliards de Fcfa. Dans la même année, ces importations ont occasionné l’étouffement de 110 000 emplois, pour la plupart, des petits métiers : éleveurs, transporteurs, commerçants, plumeurs, producteurs de maïs et soja, artisans. Nous estimons à 22,9 milliards de Fcfa le manque à gagner que le pays a consenti, à défaut de produire sur place les 22 154 tonnes de poulets importés.

N.B.

22 150 t =180 millions de poules= 5,9 milliards pour les poussins+15,8 milliards pour les 72 tonnes de provendes+1,3 milliards de produits vétérinaires.

Total : 22,9milliards

Sur le plan des emplois ruraux et de la filière avicole: Entre 1996 et 2003, sur 100 petits éleveurs, 92 ont abandonné leurs activités. Soit un taux d’abandon de 92 %, et une cause supplémentaire d’aggravation de la pauvreté en milieu rural et d’exode vers le milieu urbain.

N.B.

En important 1 tonne (1000 kg) de poulets congelés:

      On tue un élevage de 500 poussins qui aurait permis de produire 1,5 tonnes de maïs;

      On supprime ainsi trois (03) emplois ruraux (élevage et production du maïs) et deux (02) emplois urbains (plumage et commercialisation).

Sur le plan de l’environnement : Ces importations privent l’agriculture camerounaise des fientes de poules qui sont aujourd’hui connues comme un des meilleurs fertilisants organiques pour les cultures maraîchères, et donc écologiquement viable. C’est une croix sur les possibilités d’agriculture écologique que pourrait développer le pays et lui permettraient de s’imposer sur le marché par la qualité des produits.

Sur le plan de la souveraineté alimentaire : Détruisant la production nationale, ces importations accroissent la dépendance du pays vis-à-vis des produits venus d’ailleurs. C’est à terme notre souveraineté et notre sécurité alimentaires qui sont menacées.

La campagne sur le terrain

 

La campagne sur le terrain

 Les analyses et recherches ont mis en lumière les mécanismes, les acteurs et les circuits d’importation, et identifié les détenteurs d’enjeux de ce phénomène au niveau national que sont les pouvoirs publics, les consommateurs, les importateurs, les aviculteurs locaux ; et au niveau international les institutions bilatérales et multilatérales, les aviculteurs étrangers, les multinationales, les organismes internationaux.

La campagne a été officiellement lancée par une conférence de presse internationale, suivie d’un séminaire international dont le thème était : « Echanges et réflexions sur les effets pervers de l’importation massive et incontrôlée des poulets congelés en Afrique : le cas du Cameroun ». Par la suite, tous les moyens de communication sociale disponible ont été mis à contribution pour informer le public au Cameroun et dans le monde.

Option : Plaidoyer et lobbying

Option : Plaidoyer et lobbying

Actions et outils utilisés :

-    Le livre blanc

-    Les rencontres formelles et informelles

-    Les marches de protestation

-    Les émissions radios et télé

-    Les médias : publications d’articles dans la presse nationale et internationale

-    Les diffusions ciblées des numéros spéciaux de La Voix Du Paysan ( parlementaires, Chefs traditionnelles, leaders d’opinion et des autorités à tous les niveaux)

-    Les pétitions

Option : Information, Sensibilisation, Education

Option : Information, Sensibilisation, Education

Actions et outils utilisés :

-    Le livre blanc diffusé de manière ciblée (restaurants, association de quartier, taxi, etc.)

-    Le film documentaire « Sur les traces du poulet congelé au Cameroun »

-    Les conférences de presse

-    Les conférences publiques

-    Les réunions de sensibilisation à l’intérieure des associations de quartiers

-    Les émissions radios

-    Les émissions télévisées

-    Les médias : articles dans différents journaux de la presse écrite

-    Un disque (chanson) contre les poulets congelés

-    Des sketchs par les humoristes populaires

-    La Voix Du Paysan

-    L’animation du site Internet

-    La décentralisation de l’ACDIC

-    Réunion de sensibilisation

-    Rencontres informelles et formelles de concertation

-    Ateliers de réflexion

-    Les articles de presse

-    Les émissions radio et télé

Les difficultés de la Campagne

Les difficultés de la Campagne

La campagne poulet congelés vient bousculer des habitudes, et menace de nombreux intérêts économiques égoïstes. Notre étude a permis en effet d’identifier les 10 premiers importateurs de poulets congelés au Cameroun, de mettre à jour les énormes profits qu’ils en tirent au détriment de la communauté, de déceler les faits de corruption et de fraude. On peut donc imaginer les difficultés rencontrées dans cette entreprise :

-          difficultés pour collecter les données sur le circuit des importations : nombre et bénéficiaires des autorisations d’importer, quantité de poulet réellement entrée sur le territoire, etc.

-          tentatives d’étouffer la publication des résultats des analyses bactériologiques du Centre Pasteur

-          campagne de presse des gros importateurs pour minimiser la portée de l’étude menée, aussi bien sur le plan scientifique que sur celui des conséquences. Certains ont même essayé de démontrer le caractère « d’utilité publique » du poulet congelé et importé.

C’est en réalité au jour le jour et compte tenu des obstacles rencontrés que nous avons bâti nos techniques d’analyse et nos outils de campagne. Il a donc fallu plusieurs fois revoir la manière de faire telle ou telle chose, de décider de l’opportunité d’entreprendre ou non telle action. Bref, il a fallu rester en éveil constamment et nous continuons à rester en éveil.

Résultats des actions

Résultats des actions

Les pouvoirs publics :

-          L’embauche de 900 nouveaux agents supplémentaires pour renforcer le contrôle sanitaire et vétérinaire

-          L’institutionnalisation et l’effectivité des postes de contrôle vétérinaires dans les grands axes routiers

-          L’organisation par le MINEPIA des ateliers avec les aviculteurs et les importateurs

-          La rencontre interministérielle au Premier Ministère sur la problématique des importations suite à la campagne de l’ACDIC.

-          La suspension de la délivrance des autorisations d’importation

-          L’organisation d’un atelier multi acteurs avec le Comité de Compétitivité

-          La création du comité de réflexion pour le renforcement de la compétitivité de la filière avicole nationale

-          Le redressement fiscal subit par les importateurs pour les fraudes et dépassement des quotas.

-          L’augmentation des postes de contrôle aux différentes sorties du Port de Douala

-          La création d’une commission de suivi des importations

-          L’instauration du contrôle hebdomadaire des chambres froides des importateurs.

-          La conduite d’une étude par le Ministère de la Santé.

-          Les échanges de correspondance entre le MINEPIA et l’ACDIC

-          La réduction effective des quantités de poulets autorisées à l’importation. De 10 000 tonnes à 5 000 tonnes l’an.

Les importateurs :

-          Création d’un syndicat des importateurs pour parer la campagne engagée par l’ACDIC

-          Lettre adressée au MINEPIA pour demander l’assainissement de la filière et la réprimande des vendeurs sur les étalages - irrespectueux des règles et lois

-          Organisation d’une contre conférence de presse avec soutien de deux représentants des multinationaux de la filière poulets congelés ;

-          Publication des articles et prise d’espaces publicitaires dans la presse nationale

-          Début d’application des textes en matières d’hygiène et salubrité : port des blouses blanches, utilisation des congélateurs à battant vitré et régulièrement fermé.

Les consommateurs :

-          Baisse de la « côte » du poulet congelé importé

-          Boycott progressif du poulet congelé

-          Forte demande du poulet local

-          Questionnement avant consommation du poulet servi dans les manifestations et des restaurants.

Les aviculteurs :

-          Participation à toutes les actions

-          Soutien à la campagne à travers l’adhésion à l’ACDIC.

-          Prise d’engagement pour satisfaire la demande

-          Augmentation de leur production

-          Renforcement du syndicat des aviculteurs

-          Production d’un mémorandum

Impacts de la campagne

 

Impacts de la campagne

-          Arrêt des importations de poulets congelés

-          Dynamisation de la production locale (De 1 372 567 poussins produits par mois en septembre 2004, à 2 110 327 million en septembre 2005. Plus de 53,7% en 2006.)

-          Création d’une interprofession avicole (IPAVIC)

-          Subventionnement étatique à la filière avicole nationale de plusieurs milliards de F CFA

-          Naissance d’une interprofession avicole sous régionale (IPAR-CEMAC)

 

Eléments produits

Retrouvez toutes les photos ici

 

Météo du poulet

Semaine du 11 juin 2018

Denrées
Poulet ponte (1.8 kg) : 2 500 FCFA
Poulet de chair (1.8 kg) : 2 800 FCFA
Soja (kg) : 300 FCFA
Arachide (kg) : 400 FCFA
Maïs (kg): 210 FCFA
 

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