Quatre ans après la ratification de l’APE par le Cameroun malgré les oppositions de la société civile, et deux ans après sa mise en œuvre et au regard des informations disponibles, aucune étude rigoureuse d’évaluation complète de la viabilité économique de cet accord n’a été réalisée par le gouvernement camerounais.

Un accord commercial de libre échange est fiable économiquement et financièrement pour un pays si celui-ci permet à ce dernier d’en tirer beaucoup plus d’avantages, de bénéfices et de bien-être que de coûts, pertes et autres effets négatifs. L’Accord de Partenariat Economique étant un accord commercial de longue durée (rappelons que pour le Cameroun et l’UE la durée de l’accord est illimitée et la période de libéralisation est de 15 ans), quels sont les éléments qui justifient ou peuvent soutenir sa viabilité pour le Cameroun ?

Pendant plusieurs années alors que la société civile décriait les impacts de l’APE sur l’économie et redoutait ses conséquences sur la production locale, l’emploi et l’intégration régionale, le gouvernement camerounais multipliait de son côté les campagnes de dédiabolisation et les avantages de l’accord pour le Cameroun.

Où en sommes-nous ?

L’Etat des lieux sur les finances publiques

Un milliard de Fcfa c’est le chiffre qui représente le manque à gagner qu’engendre le Cameroun depuis la mise en œuvre de l’APE depuis le 4 aout 2016. Depuis que cet accord est opérationnel, les 1760 produits européens concernés par la suppression des barrières douanières peuvent accéder au Cameroun en mode préférence et en bénéficiant d’un abattement douanier de 25% chaque année et ceci jusqu’en 2020 quand les produits de l’Union Européenne seront libres d’accès.

Si pour certains experts du gouvernement camerounais le montant d’un milliard de Fcfa en un an ne représente rien face aux estimations qui avaient été projetées par la Douane, pour la société civile comme l’ACDIC, les inquiétudes méritent d’être soulevées du moment où nos recettes douanières jouent un rôle important sur les finances publiques et surtout dans le développement socio-économique du Cameroun.

Toutes les estimations faites dans les différentes études s’accordent sur un impact significatif de l’APE sur les finances publiques. Une estimation moyenne de l’impact douanier se situe autour de 1000 milliards de Fcfa sur toute la période de démantèlement.

Une chose reste certaine, l’impact de l’APE sur les recettes douanières devrait empirer tout au long du processus de démantèlement. La douane reconnait que si des dispositions de surveillance du marché ne sont pas prises pour le strict respect des règles d’origine des produits, des importateurs pourraient faire transiter leurs marchandises par l’Europe afin de profiter des avantages du démantèlement au Cameroun.

Qu’en est-il de l’intégration régionale ?

Rappelons que les négociations d’un APE entre l’UE et l’ensemble des pays d’Afrique centrale ont commencé depuis 2003 avec pour objectif initial, la conclusion d’un accord commercial régional complet au plus tard le 31 décembre 2007. Sauf que le Cameroun en solo, conclut un APE d’étape en décembre 2007 et le ratifie en juillet 2014. Cette décision va immobiliser les négociations car les autres pays de l’Afrique centrale estiment et avec raison que les conditions proposées par l’UE ne sont pas à leur avantage. Avec l’entrée en vigueur de l’APE du Cameroun en août 2016, l’UE comme dans son habitude et avec pression, donne aux autres pays de la sous-région jusqu’en octobre pour rejoindre l’APE du Cameroun. Malheureusement pour l’Union Européenne et heureusement pour la société civile, les réunions régionales ne donnent rien. Au bout de patience l’Union Européenne avait décidé de manière unilatérale de mettre un terme au processus régional des négociations. Ceci reste un échec inavoué de la part de l’UE car tant que les autres pays ne signent pas, l’accord n’est pas considéré régional. Il faut noter que l’incohérence dans la mise en œuvre de ces Accords dans différentes régions négociantes n’est pas à négliger. Prenons simplement le cas de l’Afrique de l’Est où l’UE décide de ne pas mettre en œuvre l’APE du Kenya signé et ratifié car les autres pays de cette région n’ont pas ratifié. Il n’est donc pas régional. Au Cameroun, l’accord est implémenté alors qu’il n’est pas régional. Plus grave encore, il est intitulé Accord de Partenariat Economique entre l’UE et l’Afrique Centrale, comme quoi le Cameroun seul représente toute la région. L’APE du Cameroun déstabilise donc le processus d’intégration régionale dans la mesure où il ferait coexister deux tarifs extérieurs communs au sein de l’Union Douanière.

La production locale

Du fait du déséquilibre des niveaux de développement industriel et agricoles entre l’UE et le Cameroun, les prix des produits européens sont plus bas et plus compétitifs que ceux des produits du Cameroun. Les produits agroalimentaires pour lesquels le Cameroun n’a aucun avantage comparatif vu que les subventions agricoles européennes sont présentes.  L’APE permet au Cameroun d’exporter des produits agricoles et pétroliers vers le marché européen, mais acceptons que la valeur marchande des ananas, cacao ou encore la banane du Cameroun n’est rien comparée à celle des produits manufacturés en Europe. Pour l’Economiste et expert Samuel Yemene, les produits alimentaires locaux qui seront moins compétitifs et fortement concurrencés par les importations de l’UE sont le Blé, les produits laitiers, la provende pour animaux, le sucre raffiné, etc…Aussi, la production locale et même les emplois pourraient être déstabilisés si l’effet d’éviction de la production locale par les produits importés d’origine UE, à cause des marges préférentiels concédées, et si les mesures appropriées ne sont pas prises pour soutenir l’économie locale.

La réalité 

Il est sans doute prématuré d’évaluer les impacts positifs ou négatifs depuis la mise en œuvre de l’APE mais nous pouvons faire le constat que les conditions de vie des consommateurs, le niveau élevé de la pauvreté, et la faible productivité locale demeurent inchangés au Cameroun et les recettes douanières sont en baisse. Les entreprises locales ne sont toujours pas à niveau pour être plus compétitives et l’UE n’a pas tenue sa promesse de consacrer des moyens financiers additionnels pour la mise à niveau de celles-ci.

Nous soutenons sans cesse que l’APE du Cameroun a tout d’un mauvais deal.

Yvonne TAKANG

Secrétaire Permanente ACDIC

Denrées
huile de palme (litre) : 800 FCFA
plantain (régime moyen) : 3 000 FCFA
Macabo (kg) : 333 FCFA
Pomme de terre : 310 FCFA
Igname blanc : 507 FCFA
Patate : 263 FCFA
Manioc : 150 FCFA
Poulet ponte (1.8 kg) : 2 500 FCFA
Poulet de chair (1.8 kg) : 3 000 FCFA
Œuf(Alvéole) : 1800 FCFA
Viande de bœuf (kg) : 2 600 FCFA
Haricot rouge (kg) : 560 FCFA
Haricot blanc (kg) : 600 FCFA
Haricot noir (kg) : 507 FCFA
Soja (kg) : 407 FCFA
Arachide (kg) : 400 FCFA
Maïs (kg): 203 FCFA
 

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