Après le buzz de la vidéo du scandale de 160 000 tonnes de riz paddy stockés dans les magasins de la SEMRY à Yagoua et à Maga, publiée sur les réseaux sociaux par l’ACDIC,  les importateurs de riz et la SEMRY ont été convoqués au Ministère du Commerce à Yaoundé.

Enfin du riz camerounais bientôt dans les plats des Camerounais ? On aurait osé espérer avoir une réponse affirmative à cette question à la lecture de la publication du Ministère du Commerce sur Facebook, annonçant la tenue d’une « importante réunion » des importateurs de riz et des responsables de la SEMRY avec le Ministre du Commerce, Luc Magloire MBARGA ATANGANA le 22 août 2019.  L’ordre du jour donnait encore plus de raison d’y croire : la stratégie de commercialisation du riz de la SEMRY. De plus, la presse y était conviée.

D’entrée de jeu, le problème a été clairement posé : la disponibilité, la visibilité et la distribution du riz camerounais sur le marché national. Selon le rapport d’une équipe du Ministère du Commerce rendue à la SEMRY, 120 325 sacs de riz paddy stockés d’en moyenne 70kg chacun, soit 7 622,05 tonnes, et 74 tonnes de riz décortiqué attendent preneurs.

Des quantités jugées infimes, voire insignifiantes par les parties prenantes, par rapport à la demande nationale estimée à 540 000 tonnes par an. Bien que la SEMRY prévoie de produire environ 65 000 tonnes de riz en 2020, cela ne suffirait pas à combler les besoins du septentrion seul, qui selon les importateurs absorbe 35% des quantités importées. Voilà qui remet sur la table l’épineux problème de la production rizicole au Cameroun, que le Ministre a promis d’aborder plus tard avec les ministères concernés.

Quant au problème urgent de déstockage de la SEMRY, Luc Magloire MBARGA ATANGANA a prescrit à l’importateur SOACAM de s’en charger en collaboration avec ladite structure. Une solution en laquelle l’ACDIC voit une légèreté déconcertante. « Cette réunion n’était pas pour solutionner le problème du riz camerounais, mais pour le banaliser, au regard des conclusions. On veut noyer le poisson. Depuis quand confie-t-on un problème d’une telle gravité à un opérateur économique ? Qu’on le veuille ou pas, le riz est devenu un aliment stratégique pour le Cameroun. Faut-il toujours en importer de plus en plus ? Les producteurs en l’état actuel sont-ils à même de répondre aux besoins de consommation du riz au Cameroun ? Où vont les milliards qui sont injectés dans le fonctionnement de la SEMRY qui ne produit que 65 000 tonnes de riz par an ? » S’est exprimé Bernard NJONGA, président national de l’association.

En tant que société civile, l’ACDIC qui s’était fixé  comme objectifs majeurs de cette campagne le déstockage des magasins querellés et  l’imposition d’un quota de riz local aux importateurs, y ajoute désormais le control citoyen de la SEMRY qui est une structure parapublique, la transparence dans les importations et le commerce de riz au Cameroun, un plan de renforcement des productions locales, une enquête sur les fonds que le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural engloutit au nom de la promotion du riz local. Affaire à suivre…